Air intérieur : ventiler, mesurer, corriger

Air intérieur : ventiler, mesurer, corriger

On soigne son alimentation, on s’accorde des pauses de respiration consciente, on marche au grand air le week-end. Et l’on passe pourtant la majeure partie de ses journées dans un air que l’on ne regarde jamais : celui de la maison. Humidité, dioxyde de carbone, composés émis par les meubles et les produits ménagers, parfois radon ou monoxyde de carbone : l’air intérieur mérite la même attention que le contenu de l’assiette. La méthode tient en trois verbes.

Ventiler : le geste de base, souvent mal fait

Ventiler ne se limite pas à ouvrir la fenêtre quand la cuisine sent la friture. Un logement a besoin d’un renouvellement d’air permanent, assuré selon les cas par une ventilation naturelle, une VMC simple flux ou une VMC double flux, complété par une aération ponctuelle, fenêtres ouvertes.

  • Aérer chaque jour une dizaine de minutes, idéalement matin et soir, y compris en hiver et même en ville.
  • Ne jamais boucher les entrées d’air situées au-dessus des fenêtres ni les bouches d’extraction de la cuisine et de la salle de bains.
  • Entretenir la VMC : nettoyer les bouches quelques fois par an, remplacer les filtres d’une double flux selon les préconisations du fabricant.
  • Aérer davantage pendant et après la cuisine, la douche, le ménage ou le bricolage.

Une idée reçue freine souvent ces habitudes : aérer en hiver ferait flamber la facture. En réalité, une aération courte et franche renouvelle l’air sans avoir le temps de refroidir les murs et le mobilier, qui restituent ensuite leur chaleur. C’est la fenêtre entrouverte toute la journée, radiateur allumé, qui gaspille l’énergie.

Mesurer : objectiver plutôt que deviner

Quelques instruments abordables transforment une impression en donnée. Un hygromètre indique le taux d’humidité relative, qu’il est courant de viser entre 40 et 60 %. Un capteur de CO2 renseigne sur le confinement : le dioxyde de carbone expiré par les occupants n’est pas toxique aux concentrations habituelles d’un logement, mais sa hausse signale un air insuffisamment renouvelé. Lorsque l’affichage dépasse nettement 1 000 ppm, repère fréquemment utilisé, il est temps d’ouvrir.

Deux mesures relèvent d’une autre logique. Le radon, gaz radioactif d’origine naturelle présent dans certains sous-sols granitiques ou volcaniques, se mesure avec un dosimètre laissé en place pendant plusieurs semaines, de préférence en période de chauffe ; la cartographie officielle des communes à potentiel radon aide à savoir si la question se pose, et des actions sont recommandées au-delà du niveau de référence de 300 becquerels par mètre cube. Le monoxyde de carbone, inodore et mortel, justifie quant à lui l’entretien annuel obligatoire des chaudières et, en complément, un détecteur près des appareils à combustion.

L’état du bâti se mesure aussi. Le DPE décrit le type de ventilation et la part des pertes de chaleur liées au renouvellement d’air. Un service comme MonsieurDPE permet de relire son diagnostic de performance énergétique ligne à ligne, à partir de l’adresse, et de voir si la ventilation a été réellement relevée ou simplement supposée. Une information précieuse avant d’engager des travaux qui modifient l’étanchéité à l’air du logement.

Corriger : agir à la source

La meilleure façon d’améliorer l’air consiste d’abord à moins le polluer. Parfums d’intérieur, bougies, encens et désodorisants en spray émettent des composés dont on peut facilement se passer. Pour les peintures, colles, vernis et revêtements, l’étiquette obligatoire « Émissions dans l’air intérieur », graduée de A+ à C, oriente vers les produits les moins émissifs. Les meubles neufs en panneaux de particules gagnent à être déballés et aérés avant d’entrer dans une chambre. Côté ménage, quelques produits simples suffisent souvent, et il ne faut jamais les mélanger.

Quand l’humidité persiste malgré une ventilation correcte, la cause relève souvent du bâti : pont thermique, infiltration, remontées capillaires. Un professionnel peut alors établir un diagnostic et proposer des travaux. Et lorsqu’on isole, il faut toujours penser à la ventilation dans le même mouvement : un logement plus étanche retient mieux la chaleur, mais aussi l’humidité et les polluants.

Le mémo pièce par pièce

  • Chambre : aérer au lever, pas de parfum d’ambiance, une température plus basse que dans le séjour pour la nuit.
  • Cuisine : hotte en marche pendant la cuisson et quelques minutes après, couvercles sur les casseroles.
  • Salle de bains : bouche d’extraction dégagée, porte entrouverte après la douche, serviettes séchées ailleurs si possible.
  • Séjour : aération après chaque réception ; les plantes font du bien au moral, mais leur effet dépolluant dans un logement reste très limité.
  • Cellier ou garage : produits chimiques bien fermés, jamais stockés dans une pièce de vie.

Un air plus sain ne se décrète pas en un jour, il se construit par petites habitudes. Et puisqu’il est question de souffle, notre article sur l’art de la respiration pour apaiser l’esprit prolonge naturellement ces conseils.